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Mettez du karaté dans vos discours

posted 09/02/2010, 16h03

Une prise de parole est un combat

La puissance des techniques de karaté est, pour le moins, frappante ! Ce que l'on sait peu c'est que les arts martiaux orientaux se travaillent autant au niveau du mental que du physique. Il est courant de voir un vieux maître, aux muscles déliés et aux articulations incertaines, dominer de la tête et des épaules de jeunes athlètes dans la fleur de l'âge. Cette part d'enseignement non physique se trouve commentée dans des traités classiques qui, au pays du soleil levant, du matin calme ou du céleste empire, sont très sérieusement étudiés dans les hautes écoles de management. Je vous propose d'en injecter quelques préceptes dans votre prochaine prise de parole.
J'enseigne le karaté depuis quarante ans à l'Université de Bruxelles. Conseil en relation avec la presse depuis presque autant de temps, j'accompagne des dizaines de clients dans leur communication. Souvent confronté à l'urgence, il m'a fallu mettre en place une batterie de conseils radicaux et rapidement applicables. Et je ne me gêne pas pour transposer des techniques de combat pour venir à bout d'impedimenta encombrants comme le stress, les gestuelles répétitives, l'audibilité insuffisante. Je veux attirer votre attention sur six points, mais avant:
Pour faire court

Le karaté s'apprend au prix d'entraînements soutenus ; répéter les mêmes mouvements, les mêmes enchaînements, revivre en série des situations déstabilisantes, voire dangereuses, pour arriver à maîtriser la situation, à gérer les événements avec calme et lucidité. Dans un combat contre un ou plusieurs adversaires, vous ne pouvez vous adapter aux circonstances – improviser – que sur base de techniques éprouvées et de réflexes aguerris. Et si vous vous énervez, vous êtes perdant. Une prise de parole est un combat.

1 - L'avantage du terrain
De Jules César à Napoléon en passant par Gengis Khân ou Patton, quel stratège n'a pas tenté d'imposer le terrain de l'affrontement? Dans un combat à mains nues, la topographie joue également un rôle important (différence de niveaux, dégagements, obstacles, sources de lumière). Il en va de même lorsque vous allez prendre la parole. C'est un avantage indéniable que de connaître la disposition des lieux (dimensions, fenêtres, portes, colonnes, disposition des sièges), les ressources (équipement électrique, matériel de projection, système d'amplification de la voix, climatisation) et les caractéristiques les plus sensibles (isolation sonore, qualités acoustiques). Ces données vous permettront de vous adapter. Si vous êtes sollicité à l'improviste, souciez-vous d'évaluer d'un coup d'oeil circulaire ces paramètres et surtout de repérer et d'apprécier ce qui se trouvera dans votre dos pendant votre intervention (arrière-plan, décoration, personnes, slogans).

2 - Évaluer l'autre
A la lecture de la biographie de Myamoto Musashi, célèbre escrimeur japonais du 17e siècle (toujours en vie après quelque 60 duels), on se rend compte qu'il a toujours attaché énormément d'importance à la personnalité de ses adversaires. Si vous savez à qui vous avez affaire, une partie des écueils s'en trouve gommée.

3 - La maîtrise des techniques
Un des entraînements les plus formateurs est de réagir à des assauts en respectant des consignes ultra contraignantes (e.g. à l'extrême bord du tatami, dans un coin avec aucune possibilité de reculer, sur une surface réduite ou truffée d'embûches). Transposez ce degré d'exigence au maniement de votre PowerPoint/Keynote jusqu'à le maîtriser. Et cela comprend tant le branchement du matériel que le lancement du programme, l'utilisation de la commande à distance ou de la touche «B». Même chose pour la démonstration d'un produit, d'un matériel, d'une technique ou la mise en place d'une oreillette, le changement d'une lampe de projecteur.

4 - La conscience de ses limites
Fatigué, malade, affamé, blessé, peu importe, quand l'adversaire, qui n'attendait que cela, attaque, vous devez réagir adéquatement au quart de milli tour. La célèbre phrase de Socrate « Connais-toi toi-même ! » prend ici tout son sens. Connaître ses capacités, ses limites, ses bons côtés comme ses faiblesses. On ricane en entendant parler de « bon » profil, il est pourtant essentiel de le connaître. Mais il y a aussi la puissance de votre voix, votre résistance à une station debout prolongée et puis, peut-être, n'avez-vous pas dormi, vous êtes grippé, vous n'avez rien mangé de la journée... La bonne connaissance de votre endurance, de vos limites et même de votre gestuelle en cas de tension, vous permettra de pallier vos points faibles et d'optimiser vos atouts.

5 - Le regard
Qui n'a pas été en face d'un vrai bon combattant, n'imagine pas la consistance toute particulière du regard qui à l'air de tout voir en ne s'arrêtant sur rien. On subit, il n'y a pas d'autre mot, une sorte de touffeur engluante. Bien plus que de l'empathie, c'est pour ainsi dire une subjugation. Ce regard dénote un état de concentration extrême qui, cependant, n'est fixé sur rien en particulier. Il est une présence totale, à tout, à chacun, sans pour cela se laisser distraire ni accaparer par un seul. Jouez du regard, considérez chacun sans vous fixer.

6 - Le souffle
Les Occidentaux ont la fâcheuse tendance de remonter les épaules et, donc, de respirer avec le haut du corps. En Asie et tout particulièrement chez les pratiquants d'arts martiaux, tout vient du ventre. Le centre de gravité s'en trouve abaissé d'autant et surtout l'on respire beaucoup plus profondément, lentement, utilement. Calme et réactivité facilitée en sont la récompense. Le trac est le handicap numéro un d'une bonne majorité des personnes qui prennent la parole en public. Gérer votre souffle, dans bien des cas, vous fait surmonter votre stress.
Plus que jamais, nous sommes tous susceptibles de devoir répondre à une interview radio ou télé, à prendre la parole devant un large auditoire comme devant cinq collègues en réunion impromptue. Curieusement, force est de constater que nous négligeons bien souvent l'étape ultime et indispensable de nos présentations; nous faisons purement et simplement l'impasse sur la répétition de nos prises de parole. Or cette attitude favorise, entretient, cultive une angoisse essentiellement liée au traumatisme provoqué par la perspective d'affronter l'inconnu. Répéter sa prise de parole équivaut à gommer cet effet négatif. Répéter c'est s'approcher si près de l'inconnu qu'il vous devient presque familier. Le trac, alors, n'a plus de raison d'être.

Guy Delhaye
www.bisrepetita.eu
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