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Bouddhisme et Combat Éducatif

posted 02/09/2010, 11h37

Le bouddhisme fut créé par Siddhârta Gautama qui appartenait lui-même à une caste de nobles guerriers de l'Inde, les ksatriyas. Ayant été élevé en tant que tel,  tous les outils de sa voie – discipline des sens et du mental, techniques de méditation, etc. - en sont plus imprégnés qu'il peut paraître au premier abord : il en est d'une stratégie d'annihilation graduelle de ce qu'il considérait comme les pires ennemis de la libération humaine, c'est-à-dire, la souffrance, l'impermanence, le moi.

La Légende

Un de ses disciples, Bodhidharma de son nom, débarqua à Canton le 21 Septembre 527, date qui coïncide avec le début de "l'histoire officielle du tchan"(l'ancêtre du bouddhisme Zen). D'après la légende, au VIe siècle, un moine indien originaire de Kanchipuram, dans la région de Madras, se rendit à la Cour Impériale Chinoise, à Nankin. Troisième fils du roi de Madras, Bodhidharma (Po Ti Ta Mo ou Tamo en chinois) était le 28ème patriarche bouddhiste. Mais son entrevue avec l'empereur Wu aurait été un échec total!

Bodhidharma traversa alors le fleuve jaune sur un roseau, et se réfugia au Monastère de Shaolin... Là, mortifié par son échec, il resta 9 ans en méditation dans une grotte, face à un mur...Un jour, furieux de s'être assoupi, il se coupa les paupières et les jeta à terre: elles donnèrent naissance à un théier. Après 9 ans de méditation, Bodhidharma connut l'illumination et décida d'enseigner une nouvelle doctrine; le Chan (Zen en japonais) qu'il définit ainsi: "Voir dans sa propre nature pour atteindre l'éveil."

Trouvant les moines dans une condition physique déplorable les empêchant de pratiquer correctement la méditation, Bodhidharma leur enseigna une série de 18 mouvements destinés à fortifier le corps et l'esprit: les 18 mains des disciples du Bouddha (Shih Pa Lohan Sho)... Ces 18 exercices, répertoriés dans un ouvrage dont l'auteur présumé est Bodhidharma, constituent la base de ce qu' allait devenir  l'art martial de Shaolin.

L'Histoire

Une bien belle légende, n'est-ce pas? En fait, les techniques de combats à mains nues existaient en Chine bien avant l'arrivée de Bodhidharma. Contrairement à la légende, il n'introduisit pas les arts martiaux au Temple de Shaolin. Par contre, on lui doit la création du Bouddhisme Chan, qui allait fortement influencer l'évolution des arts martiaux japonais...De plus, pour les chinois, Bodhidharma reste celui qui leur amena la notion de Vertu Martiale (Wute). Avant lui, on ne pensait qu'à se battre... Tamo (son nom chinois) donna un nouvel élan aux arts martiaux en expliquant que ceux-ci devaient développer autant le corps que l'esprit... Tout un programme pour l'époque!!!

On peut donc affirmer que l'idée d'utiliser le mouvement de combat, en tant que voie plus ou moins structurée d'auto – dépassement, est originaire de l'Asie, associé à la quête bouddhiste depuis la Chine antique et à la quête ayurvédique en Inde - ce qui toutefois n'empêche point la formulation de cette question : à quoi bon ? Comment se fait-il que toucher mon semblable parfois avec des conséquences plus ou moins fâcheuses, peut servir à s'améliorer à tous les niveaux, c'est-à-dire à peaufiner le potentiel humain ? Il y a un seul chemin et deux étapes fondamentales, à la fois séparés et liés par un seuil  très difficile à dépasser : 1re étape, c'est l'individu qui est en question - il s'agit de limer, peaufiner le caractère, le psychisme, mieux s'autogérer : le timide apprendra à ne pas être à chaque fois pris dans la toile de ses blocages et à agir « malgré lui », les braves apprendront à ne pas se laisser aveugler par le fait d'avoir été favorisés par le destin et à ne pas rabaisser l'autre.

En art martial, il y a se battre avec l'ego et il y a se battre sans l'ego (ou plutôt pour le dépasser), comme il y a combattant et il y a guerrier. Il n'est pas inintéressant de différencier les deux...il en est donc de l'efficacité qui vient d'un « gonflement » de l'ego, celle des guerriers mythiques comme Achille, Cuchulainn...c'est la furie des dieux, ou des demi-dieux - là où il n'y a pas de voie au-delà de la gloire personnelle, du désir de pouvoir, d'inspirer la crainte et par là mettre l'autre dans une position de subalternité, ainsi poussant à son extrême limite tout ce qui nous éloigne déjà de notre semblable. Ici tout épanouissement est « épanouissement » de l'ego, tandis que le combattant est celui qui trouve dans l'échange martial, un outil d'auto connaissance (2ème étape), dont un des buts essentiels est de surmonter toutes les barrières qui le sépare de sa propre authenticité et (donc) de son semblable.

Car en allant jusqu'au fond de soi-même n'ira- t-on pas jusqu'au fond de l'autre, jusqu'à abolir toute séparation entre sujet et objet ?

Cette approche présuppose une méthode d'entraînement, une pédagogie du combat : le combat devient éducatif, dès qu'on réussit un équilibre entre préservation de l'intégrité personnelle et réalisme de l'échange qui n'exclura pas l'acceptation d'un certain (et je souligne certain, vu qu'il n'en est pas question de « jouer les  HellRaiser ») degré de douleur...donc de souffrance assumée - un  outil permettant  d'évoluer spirituellement.

Cela implique à son tour  l'usage d'un ensemble de protections ...si les coups à la tête sont à éviter (le casque n'exclut pas complètement la possibilité d'infliger de très sérieux dommages : l'ossature est épargnée mais les ondes de choc survenant lors des coups puissants sont amplifiés par le fait même du casque, nuisant ainsi gravement à la santé du cerveau). Ne pas porter des gants, par contre, permet de mieux sentir le combat, l'adversaire et une plus grande variété tactique.

En résumé, le combat éducatif devrait permettre l'usage savamment dosé de toutes les armes naturelles du corps (on peut par exemple limiter le nombre de coups de genoux et de coude par assaut) sur des cibles allant des pieds jusqu'aux épaules, protégées en sorte que la douleur ne soit pas complètement éliminée.

Une réflexion sans préjugés nous fait entrevoir les possibilités immenses offertes par ce type de jeux de combat au niveau de la connaissance de soi, donc de la nature humaine; commençons par tout ce qui est gestion des ressources, reconnaissance & repoussement des limites personnels (peur, fatigue, précipitation), compréhension et respect par les limites de l'autre (absolument interdit de continuer à attaquer un partenaire qui n'est plus capable de réagir convenablement), dépassement de la dialectique hésitation/ prise de décision, capacité à voir clair/se relaxer au sein même d'un niveau élevé de stress, intelligence émotionnelle, etc...

Soje
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